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La bibliothèque Bernheim - La bibliothèque de Nouvelle-Calédonie

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Avant Bernheim

Au début du 20ème siècle les besoins de lecture de la population calédonienne sont peut-être encore plus importants qu’en France. En 1900, un conseiller fait cette remarque en séance du Conseil général : « Vous votez tous les ans 5000 F pour améliorer la race chevaline et vous ne pouvez rien faire pour améliorer la situation morale des jeunes gens du pays ? Nos jeunes gens n’ont aucun moyen de s’instruire. On ne trouve même pas un Michelet complet à Nouméa. ». Il n’existe à cette époque qu’une salle de lecture et de prêt réservée aux fonctionnaires, une salle réservée aux militaires et une bibliothèque privée (cathédrale).

Malgré la reconnaissance par les conseillers de la nécessité de doter la colonie d’une bibliothèque de lecture publique, un frein de taille demeure : l’argent. Bien que le conseil général décide en sa séance du 22 mai 1900 d’octroyer 8400 F à la création d’une bibliothèque (pour la location des murs et la rémunération d’un bibliothécaire), cette somme reste bien en-deçà des frais réels engendrés par l’opération qui nécessite aussi l’achat de livres, de mobilier, de tables, chaises et vitrines... Le projet est donc repoussé et resterait probablement en stand-by de longues années si le Conseil ne recevait le geste généreux d’un mécène local.

Lucien_Bernheim_1856-1917Lucien Bernheim

Lucien Bernheim naît le 27 juin 1856 à Mulhouse. Il arrive en 1884 en Nouvelle-Calédonie. Quelque temps plus tard, il acquiert une mine à Népoui. Il est distingué par une médaille d’or dans la catégorie mine (chrome et cobalt) lors de l’exposition universelle de 1900 et il est un proche du gouverneur Feillet. Le 10 octobre 1901, sur le point de quitter la Nouvelle-Calédonie, il fait don au conseil général de la somme de 100 000 F pour la création de la bibliothèque qui s’installe dans le pavillon colonial de l’Exposition Universelle de 1900 et dont la charpente métallique, toujours visible, est l’œuvre de G. Eiffel. Lucien Bernheim quitte la Calédonie en 1906. Il meurt le 15 octobre 1917.


Lettre à M. le gouverneur Feillet

Monsieur le Gouverneur,

Au moment de quitter la colonie, probablement pour n’y plus revenir, j’ai pensé à laisser à la Nouvelle-Calédonie, que j’aime, et dont je ne me sépare qu’avec peine, un gage d’affection en même temps qu’un souvenir durable de mon séjour ici.

J’avais songé tout d’abord, à la création d’une institution charitable : hospice ou orphelinat, mais la somme que je puis donner aurait été insuffisante pour une fondation de ce genre. D’un autre côté les ressources de la colonie se développent à grands pas et je ne doute pas que les lacunes existantes sous ce rapport ne soient comblées dans un avenir très rapproché. Il est à craindre par contre que la colonie, qui s’imposera tous les sacrifices nécessaires pour faire face aux besoins humanitaires, ne puisse, d’ici longtemps, suppléer, autant qu’il serait désirable, aux besoins intellectuels de la population.

L'absence d’une bibliothèque se fait vivement sentir, et après y avoir mûrement réfléchi, c’est à la création d’une bibliothèque publique que je me suis arrêté. J’ai donc décidé de donner à la colonie, pour la fondation de cette œuvre et sous les conditions ci-après, une somme de cent mille francs que, si elle est acceptée, je verserai au Trésor colonial dans le courant du mois de janvier prochain.

Cette bibliothèque portera mon nom. Elle sera installée dans le pavillon de l’Exposition de 1900 et sera à la fois destinée à la lecture sur place, et, pour les volumes dont la valeur n’est pas trop considérable, au prêt à domicile.(…)

En outre, je désire que la colonie profite de cette bibliothèque. En conséquence il serait nécessaire d’organiser un système de circulation de livres (…) Je pense que la colonie pourra prendre en charge les autres frais, peu élevés, qui résulteront du fonctionnement de cette bibliothèque qui assurera à mes concitoyens de la Nouvelle-Calédonie un puissant moyen de culture intellectuelle.

Veuillez agréer, Monsieur le Gouverneur, l’assurance de mes sentiments profondément dévoués.

Lucien Bernheim

 

 

M. Telle, Secrétaire Général du Territoire, invite dans un rapport les conseillers à accepter cette proposition car écrit-il « Dans ce pays, les moyens de s’instruire sont rares, il n’existe point de bibliothèque sérieuse, en tout cas, il n’y en a point d’ouverte de façon commode pour le public, et il faut saisir avec empressement le moyen de doter notre colonie d’un si important moyen de développement intellectuel... ». Se faisant l’écho de ce besoin, le président du Conseil général déclare : « J’ai signalé depuis longtemps la misère intellectuelle dans laquelle nous vivons. Depuis trois ou quatre ans, on parle d’une bibliothèque publique, mais nous n’aurions jamais pu le faire sans le don de M. Bernheim. C’est un don providentiel. »

Il est ainsi décidé de créer un équipement culturel du Territoire qui accueillera un musée et une bibliothèque de lecture publique, tous deux gérés par 2 personnels : un conservateur du musée et de la bibliothèque et un aide-conservateur.

1905, ouverture de la bibliothèque

Et c’est 4 ans plus tard, en 1905, que la bibliothèque Bernheim ouvre ses portes au public. Le temps nécessaire au démontage à Paris, puis au transport par voie maritime, et au remontage à Nouméa du pavillon Néo-Calédonien de l’exposition universelle de 1900, construit par un architecte parisien M. Bley et doté d’une charpente métallique conçue par Gustave Eiffel.

Enfin un décret du 04 février 1907 signé du président de la République Fallières, crée officiellement l’établissement de lecture publique du Territoire.


Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre Mondiale toutes les collections sont déménagées et le bâtiment sert de local à une section du Quartier Général des forces américaines.

Des années 80 à nos jours

En 1981, l’ouverture d’un nouveau bâtiment construit en face de la bibliothèque entraine une nouvelle répartition des espaces : les salles de lecture pour les adultes et les enfants, la discothèque et les bureaux de l’administration y sont installés tandis que l’ancienne bibliothèque abrite désormais le fonds local, le fonds ancien et les fonds spécialisés.

Dans les années 1990, un magasin est aménagé dans le nouveau bâtiment afin d’y stocker dans de meilleures conditions de conservation le fonds ancien et le fonds patrimonial. Le rez-de-chaussée du bâtiment ancien que l’on appelle communément le bâtiment 1901 est réaménagé pour y accueillir la salle des périodiques et la bibliothèque de la décentralisation (servant à desservir l’Intérieur de la Nouvelle-Calédonie par l’intermédiaire du bibliobus). L’étage abrite un espace de reliure et de restauration des livres usagés.

Enfin, en 1998, des travaux de mise en valeur de la charpente métallique de la salle de reliure sont réalisés permettant de transformer cette salle en salle d’exposition, communément appelée « Salle Eiffel ». On y organise dès lors des expositions, mais aussi des conférences et des projections de films, offrant ainsi au public, en plein cœur de Nouméa, un espace de 200 m² dédié à la culture.

Certains passages de cet historique sont extraits de
La « Plaquette N° 2 de la bibliothèque Bernheim » éditée en 1975.